Article : « Et maintenant » par Henri Roure

 

L’actuel président se rassure sans doute, l’affaire des Gilets Jaunes doit lui sembler désormais canalisée. Grâce à l’appui de médias s’interrogeant toujours sur les raisons de la haine qu’ils suscitent chez certains, et à une tactique habile, il a réussi à affaiblir, du moins en apparence, le soutien au mouvement. Sa prestation l’a rassuré. Subtilement organisée et balisée, devant des maires ruraux bien choisis, où sous une marée de paroles rien n’a émergé mais où les vraies revendications ont été noyées, elle a pu plaire aux simplets et aux convaincus d’avance. Les édiles l’ont applaudi, les commentateurs l’ont encensé et le président croit, ainsi, pouvoir reprendre la main et le chemin du destin auquel il aspire. Avec le grand débat national, lui et les siens pensent avoir fait le bon choix, pour calmer la colère, anesthésier le peuple et se préparer aux prochaines échéances électorales.

Cependant regardons les choses de plus près. Cette révolte a cristallisé toutes sortes de mécontentements. Des revendications diverses et parfois contradictoires, ont été émises. Un vrai florilège! Tous ceux qui avaient quelque chose à reprocher au système ont exprimé leur mal-être, leur insatisfaction ou leur désarroi, si bien que 80% des Français, à un moment, comprenaient et soutenaient les Gilets jaunes. Derrière cette gerbe de revendication est apparu un lien commun à la quasi totalité de la nation, une sorte d’indigestion, longtemps silencieuse, de la façon dont est gouverné le pays.

Il est ainsi notable que ce mouvement n’ait été ni prévu, ni suivi, par aucun syndicat ou parti politique. Cette absence d’anticipation, de compréhension et de réaction adaptée, n’a fait qu’aggraver une défiance à l’encontre de ces organisations établies, désormais jugées, dans l’inconscient collectif, comme solidaires et co-responsables de la dérive de notre démocratie. Cela pose un problème de fond, car partis politiques et syndicats sont indispensables au fonctionnement d’un État moderne.

Or les Gilets Jaunes, contrairement à ce qui a pu être dit, sont organisés et surtout informés. Sinon ils ne se rassembleraient pas aussi facilement. Il y a là une étrangeté qu’il me paraît utile de souligner. Cette forme nouvelle d’organisation ignore les autres et fait vaciller le pouvoir. Elle s’est appuyée sur internet et les réseaux sociaux. Nous pouvons nous demander si ce maillage et cette solidarité populaire retrouvée, ne vont pas régénérer une démocratie vieillissante. Désormais tout se sait qui naguère était voilé par un pouvoir oligarchique. Prenons pour simples exemples, les avantages fiscaux concédés aux journalistes, les abus des indemnités parlementaires, les invraisemblables pantouflages de certains hauts-fonctionnaires, les avantages que s’accordent ministres, députés et sénateurs, sans parler des inconcevables décisions en matière de politique internationale portant atteinte à l’économie et à la souveraineté nationale…et, en comparaison, la misère ou les difficultés quotidiennes de très nombreux ménages. Tout se sait…Ces constats, bien réels, affichés sur tous les ordinateurs et toutes les tablettes, nous ont d’ailleurs valu la piteuse tentative de nos gouvernants de légiférer sur l’infox ou les fausses infos (que les admiratifs de tout ce qui n’est pas français, méprisant donc la langue française, nomment « fake news »).

Ainsi nous pouvons nous interroger sur les suites de ce mouvement et l’avenir de la démocratie.

Les thèmes du grand débat « fixés » par le gouvernement prouvent, par eux-mêmes, une méconnaissance de la profondeur de l’insatisfaction. Le pouvoir actuel pense, en posant ces axes de réflexion, ne récolter que des demandes de détail dont il pourra aisément aménager la synthèse, sans traiter le fond. Il y aura inévitablement déception.

« La transition écologique », premier des thèmes choisis, ne correspond absolument pas à la préoccupation principale des Français, davantage inquiets de leur sécurité et du risque migratoire que d’une mode d’intellectuels dont, en clair, ils n’ont rien à f… Ils veulent bien trier leurs déchets, manger plus sain, mais surtout ne pas payer plus cher leur carburant et leur électricité, ni voir leurs paysages défigurés par les éoliennes ou des fermes de panneaux solaires. Ils savent très bien qu’avec 1% de la population mondiale et 5% de la richesse produite, les efforts que l’on pourrait leur demander, ne permettront pas de « sauver la planète ». L’affaire est mondiale, pas simplement française. Ils en sont conscients et refusent l’intox.

Le second, « la fiscalité et les dépenses publiques » et le troisième, « la démocratie et la citoyenneté », sont, à mon sens, étroitement liés. En réalité l’injustice fiscale que nos Gilets jaunes dénoncent, est le résultat d’une appropriation du pouvoir par une caste transnationale dont l’objectif aberrant est la finance pour la finance et la préservation de situations indues. Comment, alors, concilier le souhait de moins de prélèvements avec celui de davantage de dépenses pour de meilleurs services publics? Il n’y a guère d’autres solutions qu’un retour aux vertus citoyennes si bien résumées dans notre devise nationale: liberté (oui), égalité (certes) mais dans la fraternité. Ou d’une manière plus abrupte, un retour à la démocratie vraie où chacun doit apporter sa contribution au bien-être collectif en proportion de ses moyens, mais aussi de son vote, ainsi qu’à un retour à une vision d’un destin national préservant des abus d’une européanisation ou mondialisation incontrôlées. Il est difficile de croire que nos gouvernants oligarques acceptent de modifier aussi fondamentalement leur comportement.

Quant au quatrième thème, « l’organisation de l’État et les services publics » – sujet évidemment essentiel – si un changement fondamental n’est pas engagé, nécessitant un courage de véritables hommes d’État, il restera dans le domaine incantatoire. Les strates administratives concurrentes et le coût des élus et de la fonction publique territoriale, continueront à peser sur les impôts, sans pour autant apporter ce mieux-être que le citoyen réclame. Nous pouvons douter que les pseudo-élites qui nous gouvernent aient l’intention de se lancer dans ce type de réforme, dont elles savent la nécessité, mais aussi le risque politique. Pourquoi donc ce thème, alors que l’analyse en est faite depuis longtemps?

Nous le constatons, le but de ce grand débat n’est pas de trouver des solutions et de répondre aux attentes, mais plutôt de servir d’exutoire, de psychodrame où les Français seront amenés à une catharsis en mettant en scène leurs problèmes.

Je crains qu’à l’issue rien ne change vraiment. Les relations de soumission envers Bruxelles perdureront, les frontières resteront ouvertes aux flots migratoires, de nombreuses banlieues resteront soumises à la loi des bandes et de l’islam et les graves inégalités demeureront. Il s’agit pourtant des problèmes globaux dont découlent tous les autres. Ne pas traiter le fond risque donc d’accroître le danger pour un pouvoir déstabilisé. Les revendications insistantes portant sur la mise en place d’un référendum d’initiative populaire ou encore le souhait émis par certains de faire appel à l’armée réputée intègre, sont des indicateurs, parmi d’autres, d’une défiance que nos gouvernants feraient bien de regarder avec beaucoup d’attention.

Il reste que l’actuel président croit avoir été élu pour un programme qui s’avère largement en contradiction  avec la culture et la nature du peuple français. Aura t-il l’intelligence de reconnaître ce hiatus et d’en tirer les conséquences? Le sauvetage et le renouveau de la démocratie en dépendent sûrement.

 

Henri ROURE